Le développement de la pratique féminine est une préoccupation de nombreux dirigeants de clubs dans beaucoup de disciplines. Le tennis de table fait partie de ces sports dont la représentation populaire est clairement assimilée au loisir et à la détente, alors que la pratique en club est le plus souvent orientée sur les entrainements et la compétition. Est-ce la cause des difficultés de recrutement ? Y-a-t-il un lien de cause à effet ?

Maxime Chilon, Conseiller Technique du comité d’Indre et Loire de Tennis de Table a répondu à mes questions sur ce sujet.

Dans ce reportage, réalisé par Stratéping.com, Maxime Chilon identifie l’accueil et le choix donné au futur licencié comme une des causes d’abandon prématuré.

Maxime Chilon : « Je pense en effet que l’accueil est trop formaté mais pas seulement pour les filles mais pour tous les publics et les jeunes en général. Je pense que c’est l’une des raisons de ce gros turn-over que subit le tennis de table en France depuis de nombreuses années. Pour la plupart les clubs savent recruter. Ils connaissent les démarches de recrutement dans les écoles, les animations extra sportives etc. Mais la fidélisation reste un axe délicat à maitriser pour les clubs et d’avantage avec le public féminin où la fédération compte à peine 17% de féminines depuis maintenant quelques années. »

Quelles sont les attentes des jeunes filles d’aujourd’hui lorsqu’elles viennent s’inscrire en club de tennis de table ?

Maxime Chilon, CTD du CDTT37

MC : Dans un premier temps, nous savons que le relationnel est très important chez une fille et notamment chez l’enfant où un environnement sain et confortable que ce soit avec l’entraineur ou avec d’autres filles doit être présent. Il est également très facile de dire que dans tous les sports en France, les filles attirent les filles et qu’il est dans ce cas plus facile de recruter à travers cette image de club féminin, qui va rassurer les parents.

Dans un second temps, il y a l’aspect individuel de notre sport qui demande donc une attention individuelle à chaque licencié ce qui est souvent apprécié chez les féminines.

Et dans un troisième temps, les filles aiment cet aspect technique et intellectuel du Tennis de Table mais qui reste également ludique puisque tout le monde peut jouer avec tout le monde.

Y-a-t-il des différences selon les tranches d’âge ?

MC : Tout à fait. Il existe des créneaux 4-7 ans dit « Baby-Ping » où nous privilégions le développement moteur de l’enfant, sa coordination, sa perception mais également ses débuts dans le jeu qu’il soit coopératif ou duelliste comme le veut le T.T. C’est d’ailleurs sur cette tranche d’âge que les statistiques tendent beaucoup plus vers les 30/35% de filles puisqu’il n’y a pas d’attente précises chez l’enfant si ce n’est le plaisir.

Passée cette tranche d’âge vous rentrez davantage dans un circuit d’école de T.T. avec son apprentissage technique et dans cette tranche d’âge nous arrivons également à bien garder les filles puisqu’elles sont bien plus assidues à l’entrainement, leur progression peut se faire beaucoup plus rapidement et les résultats viennent assez vite donc encourageant et valorisant pour elles.

A partir de 12 ans et donc du collège, cela se complique puisque dans cette préadolescence, le sentiment de ne pas faire du sport pour le plaisir est accentué par l’entrainement proposé dans les clubs et non pas par l’animation. Aujourd’hui, il ne serait pas osé de dire que 80% des entraineurs en France ont été formés uniquement sur la technique et non sur de l’animation tennis de table puisque nos filières de formations sont axées sur ce système.

Dès le lycée, mise à part la pratique scolaire, nous frôlons le 0% de recrutement en Indre et Loire. Ce constat alarmant sur le recrutement n’est pas si surprenant puisque nous savons désormais que le sport n°1 chez les filles entre 15 et 18 ans c’est le cross fit/fitness/salle de sport. Les réseaux sociaux, la mode, être bien dans son corps ont une énorme influence sur les filles et ce n’est pas le tennis de table qui pourra les combler dans notre pratique d’aujourd’hui.

Qu’est-ce que les clubs devraient proposer à ces publics ?

MC : Les clubs proposent des séances féminines de façon à créer une émulation, des séances de Fit Ping Tonic alliant tennis de table et cardio/remise en forme mais n’ont pas grand succès au niveau national. Je ne suis pas certain qu’ils faillent proposer autre chose, nous pouvons toujours améliorer l’accueil dans les clubs, répondre à leurs attentes (loisirs/compétition), mais nous ne pouvons pas remplacer le tennis de table par une autre discipline. Chaque sport à ses propres paramètres et pratiques.

Ne faudrait-il pas faire de ces joueuses d’abord des joueuses de ping, (plaisir du jeu), au lieu de les former d’emblée à une forme de pratique  compétitive ?

MC : Tous les clubs ne forment pas directement dans une pratique compétitive, mais avant de parler de formation il faut d’abord répondre à la question de base quand un nouveau licencié vient au club. Que veut-il faire ?

Si déjà la plupart des dirigeants et cadres techniques résolvent cette orientation de pratique sportive, nous ferons un grand pas vers la fidélisation et c’est justement en répondant à leurs attentes que nous pourrons améliorer nos offres de pratique.

Ne peut-on pas faire de même avec les publics adultes ?

Il en est tout à fait de même pour le public adulte féminin en effet, malgré que des contraintes supplémentaires se dressent en plus.

Crédits photo : comité d’Indre et Loire de Tennis de Table.

Développer le ping féminin
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