Nous avons vu dans l’article précédent (Les jeunes ne vont plus au ski !) que le choix d’une pratique sportive par les jeunes est désormais majoritairement guidé par la possibilité de se retrouver et de se mettre en scène. Tous ces écrits, toutes ces études et publications ne vont que dans le sens du choix laissé à l’individu. Mon expérience va à contre-courant de ce modèle où l’individu décide de pratiquer ou non.

L’entraineur est aussi un guide dans l’action. S’il laisse le choix, son athlète va choisir une fois sur deux l’option repos. Si l’entraineur impose un rythme et laisse moins d’espace à l’inactivité, l’athlète suit dans la plupart des cas.

Je connais d’autres entraineurs, dans différents sports, qui pensent et agissent de la même façon, par ce que notre conception du sport va au-delà d’une simple activité physique.

Des possibilités d’expression limitées

Pendant des décennies, le sport n’a offert à l’individu que la compétition. Les structures sportives, les fédérations et les clubs, se sont organisés pour sélectionner les meilleurs, avec pour revers de générer de la déception et au bout du compte, l’abandon. Le sport était dans une phase de croissance. Le nombre de nouveaux pratiquants était naturellement supérieur aux abandons.

L’apparition des sports de glisse, de running, a coïncidé avec les mouvements de libération des mœurs à l’orée des années 1970.  « Le sport est aussi devenu outil de réalisation personnelle, une expérience esthétique, il est question de partage et non plus seulement d’opposition ». (Thierry Seray Codezéro.fr, 2016).

Le sport loisir est né, et avec lui, la possibilité de choix, de changer d’activité si l’on n’en n’est pas satisfait. Dans les clubs, on parle de pratiquants qui se comportent plus en client qu’en adhérents, dociles et bénévoles. Le fatalisme ambiant fait que les entraineurs font ce qu’on leur a appris : Enseigner une technique sportive, ni plus, ni moins.

Des entraineurs que l’on suivrait au bout du monde

Heureusement, comme dans toute bonne bande dessinée, il existe de tout temps quelques irréductibles qui ont la passion de transmettre chevillée au corps. De ces entraineurs, instructeurs ou moniteurs que l’on suivrait au bout du monde. Parce qu’ils savent enseigner, par ce qu’ils savent mettre l’élève en confiance, et par-dessus tout, parce qu’ils savent transmettre leur passion pour le sport.

Avec eux, pas besoin de discussion, et pas de choix possible. Nous suivons par ce que ce qu’ils nous proposent est enthousiasmant.

Les conseils des entraineurs de haut-niveau sont facilement transposables aux équipes et aux sports amateurs.

Une attention très précise au pratiquant

Si le sentiment d’enthousiasme reste en mémoire, la réussite de ces entraineurs-ambassadeurs vient en grande partie d’une attention précise à ses joueurs, à ses pratiquants. Être à l’écoute est une qualité courante chez les entraineurs. Prévenir les difficultés du pratiquant est moins fréquente. Déceler les indices de découragement est essentiel pour éviter l’abandon, car ce choix résulte souvent d’une accumulation d’insatisfaction.

L’exemple le plus fréquent est le sportif qui ne vient pas à une séance, et l’on ne relève pas ce fait. Une fois puis deux, et par la force des choses, on s’occupe moins de lui. La personne ne progresse plus et le sentiment d’insatisfaction s’installe.

Pour garder la motivation de vos athlètes, il est essentiel qu’ils puissent progresser, donc qu’ils sortent de leur zone de confort.

Laisser moins de liberté au pratiquant mais avec autant de plaisir

L’expérience montre que si le pratiquant ne se sent pas obligé de venir à sa session sportive, il va choisir l’activité qui a sa préférence sur le moment. Choix d’un week-end, d‘une sortie, ou de ne rien faire si les conditions météo sont défavorables.

Exigez plus d’engagement de la part de vos athlètes. L’entraineur bénévole fait l’effort d’assurer l’encadrement chaque semaine, quelque soit le temps ou la distance à parcourir. Bien expliqué, le sportif comprend ce que le club et son entraineur font pour lui.

Il ne s’agit pas de contraindre la personne, ni de la faire culpabiliser, mais au contraire de l’amener à partager votre enthousiasme. Les choses se font plus volontiers par plaisir.

Le rôle déterminant des entraineurs dans le processus de fidélisation

Il ne fait pas de doute que l’envie de se retrouver avec ses partenaires de jeu compte énormément dans la décision de renouveler son adhésion au club. Mais l’apprentissage, la transmission des valeurs du club et du sport, l’intégration à la vie sociale du club passent essentiellement par les entraineurs.

Plus l’on joue, plus on s’améliore dans la pratique, et meilleure devient la représentation de l’individu. Tous ces points sont en accord avec les attentes des jeunes générations, le fait de se retrouver et d’être valorisé en tant qu’individu. Cette maitrise technique, qui vaut reconnaissance sociale, ne s’obtient qu’après plusieurs années de pratique. Avec ces entraineurs inspirants, le temps ne compte pas.

La fidélisation n’est que rarement prise en compte par les clubs et n’est que très rarement évoquée dans les projets fédéraux, à l’exception notable de l’équitation.

La fidélisation, un processus de co-construction

Ce que j’appelle la relation élève-enseignant, c’est la capacité d’échanger, de progresser mutuellement vers une amélioration des capacités du joueurs, et au bout du compte de la performance, simplement pour le plaisir.

C’est un contrat moral entre l’enseignant et son athlète. Qui engage les deux partis.

Certes cela exige un investissement personnel de l’enseignant plus important, mais la satisfaction de voir des jeunes heureux, qui maitrisent leur technique, et plus souvent qu’on ne le croit dépassent leur maitre, génère un sentiment d’accomplissement que rien ne peut acheter.

Thierry Nauleau

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Fidélisation des pratiquants, faut-il leur laisser le choix ?
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