Comment inverser la tendance à la désaffection des jeunes pour les clubs sportifs ? La solution viendra peut-être de modèles non traditionnels.

J’ai rencontré Râm Legrand, enseignant indépendant[1] de skate à Annecy, et il nous fait part de sa vision, de sa façon de pratiquer le skate. Et l’on comprend mieux pourquoi il parvient à fidéliser les jeunes skateurs, population réputée réfractaire à toute forme d’encadrement.

Le skate n’est pas un sport

Râm Legrand : « Pour moi le skate c’est pas du sport. Ce n’est pas UN sport, car il n’y a aucun règlement. Et les gens qui sont en train de dire que c’est du sport, je trouve qu’ils dénaturent cet état d’esprit authentique. Ils parlent de points et de victoires. Mais c’est pas du tout ça l’état d’esprit du skate. Le skate ça vient de la rue, c’est fait pour s’amuser. Les compétitions servent à repérer de nouveaux talents, mais ce n’est pas le but de devenir un champion. »

De sa création à nos jours, le skate s’est construit autour de la notion du jeu. Les skateurs authentiques revendiquent de skater pour s’amuser entre amis. Pas d’enjeu, pas de points, du fun tout en faisant progresser le niveau global !

… le skate s’est construit autour de la notion du jeu.

Il n’est pas question d’opposer le skate avec des sports olympiques ou des jeux d’opposition. Mais force est de constater que depuis près de 70 ans, il y a de la place pour des activités à la croisée des chemins entre les activités physiques (nécessaire pour skater toute une après-midi), le jeu, l’utilisation de son environnement, l’intensité de l’engagement du pratiquant, la personnalisation de son matériel, et la représentation de son image.

Ces sports de glisses, comme les nommaient déjà Alain Loret en 1995 dans son ouvrage « génération glisse », ont ces points en commun. La vision « core » de Râm de sa pratique du skate, fidèle aux origines, lui permet de trouver une forme de vérité dans la pratique, loin des récupérations fédérales ou commerciales. Cette vérité, les jeunes la ressentent et y adhèrent.

Comment expliquer autrement l’échec des activités trop rapidement marketées, à l’image des variantes -fit- des pratiques traditionnelles ?

Les sports ou activités nés d’un besoin quasi primaire, comme le basket de rue, (récupéré en 3 x 3, ou inspirant un hand 4 x 4), se pratiquent toujours, si tant est qu’on leur laisse de la place et qu’on leur donne quelques moyens.

Les exemples dans lesquels le street-art est au service de l’agencement urbain donnent bien plus envie de chausser les baskets que l’accueil de nombreux clubs.

L’apprentissage et la passion

Rien de révolutionnaire dans l’enseignement de Râm. C’est même très académique au sens où cela reprend les trames d’enseignement de nombre de diplômes d’état : progresser dans la technique en sécurité. Mais un mot clé : confiance. Et la transmission d’un état d’esprit. Ce dernier point fait toute la différence entre un éducateur qui fera le cours, pour des raisons alimentaires ou autres, et celui qui vit de sa passion.

Le pratiquant ressent cette passion et l’engagement qu’a le moniteur dans ce qu’il fait, dans ce qu’il transmet. Le passionné est bien plus crédible. Au moment de l’embauche, pensez-y !

R.L. : « Tous les enfants qui veulent apprendre le skate, qui ne sont pas en âge d’aller dans la rue, les parents me font confiance, ils me les confient. J’encadre le cours, les enfants ne sont pas livrés à eux-mêmes. Je leur apprends non pas les règles, il n’y a pas de règlement dans le skate, il y a des codes. Je leur donne les bonnes bases. Dans un premier temps, Ils apprennent à se déplacer tout en contrôlant leur planche. On fait quelques sorties en ville (…) puis on enchaine sur l’apprentissage des figures de base. Plus tard, ils ont grandi, ils sont devenus autonomes, et ils vont skater avec les copains. C’est le cycle normal pour tout skateur ».

Eliot, Ollie

Des activités transgénérationnelles

Le skate n’est plus une activité réservée aux garçons adolescents. De plus en plus de filles, des adultes et même quelques quinquagénaires s’y adonnent dans ses différentes formes : skate, cruiser ou longboard.

R.L. : « Il y a de plus de plus de filles qui skatent. Je trouve ça trop bien. Il n’y a aucune distinction entre le sexe l’âge, ou l’origine. Du moment qu’on partage le même état d’esprit. »

Une communication par l’image

Râm est aussi photographe, ce qui contribue à sa notoriété. Mais comme il le dit, « les jeunes regardent le skate principalement sur Instagram, c’est du rapide, consommable. » 

R.L. : « J’ai un site et les photos, mais tout ce que je fais, c’est pour le skate-board. Les cours, c’est pour développer le skate. Les photos, c’est pour montrer le skate.» Voilà les paroles d’un passionné !

A l’heure où chacun dispose d’au moins un écran dans la poche, ne pas communiquer pour un sport, pour un moniteur ou pour un club, revient à ne pas exister. Il ne s’agit pas de communiquer tout azimut. A l’exemple de la communication de Râm Legrand : elle est très ciblée, et apporte de la crédibilité à son travail. Le bouche à oreille fait le reste.

Avoir la foi !

A écouter Râm, on a le sentiment que sa réussite est naturelle. Mais cela cache du travail, énormément de travail, et une organisation bien réglée, globale, qui donne toute son importance au pratiquant, et à la communication. Il croit en ce qu’il fait et c’est cela qui rend les choses possibles et fait les belles histoires.

Thierry Nauleau

Ses sites web : cours-skate-annecy.com et annecyzoo.com

Voir aussi son interview sur 8Montblanc.fr >> http://replay.8montblanc.fr/watch.php?vid=9832afb26

Crédits photos : Râm Legrand.

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