La réduction des aides à l’emploi accordées aux associations a mis en évidence la fragilité du secteur sportif. L’emploi sportif se concentre dans des structures déjà établies au détriment d’un maillage territorial.

La tendance n’est pas à corriger ce défaut, loin de là. Pourtant un maillage territorial fin représente un gisement de croissance inexploité par les fédérations. Il semble être en voie d’abandon par l’état si l’on en croit l’information selon laquelle le dispositif Emploi CNDS serait prochainement réservé aux demandes d’emploi à temps plein.

Une tendance au regroupement dans de grosses structures

Le point de vue des clubs sera différent de celui d’une fédération. Naturellement, la stratégie d’une fédération serait de concentrer ses moyens d’actions là où le potentiel est déjà avéré. Là où il sera plus facile de faire croitre le nombre de licenciés, là où des installations, là des emplois de conseillers techniques existent déjà.

Les fédérations sont en concurrence. Les plus petites font ce qu’elles peuvent pour créer plus de licences. Le plus souvent en usant de l’artifice des licences de courtes durées, elles-mêmes associées à une offre de pratique simplifiée ou réduite dans le temps.

Les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances de leur dirigeants car les fondamentaux ne sont pas là. La qualité de l’accueil, l’apprentissage de la technique de jeu, ou les services qui entourent la pratique n’ont pas évolué. La communication ne suit pas. Le public n’adhère pas.

De façon empirique, on reproduit ce qui fonctionne : un club qui dispose de cadres techniques salariés aura plus de licenciés. Les fédérations encouragent les regroupements d’activités ou de clubs.

Mais du point de vue des clubs les questions de fond se posent toujours : quelles sont les conditions de réussite ? Et comment allons-nous pérenniser économiquement ce poste ? Ces questions doivent être envisagées au cas par cas.

Un déséquilibre territorial

A peine 18%[1] des associations sportives sont employeurs. Ces emplois vont se retrouver dans les structures qui permettent d’accueillir du public.

Dans un département comme la Somme[2], qui présente à la fois un caractère rural, une agglomération importante et une façade maritime, on perçoit déjà des disparités d’accès à la pratique sportive.

Le phénomène saute aux yeux quand on regarde la répartition des bassins de natation.

Les communautés de communes n’ont pas les moyens, elles ne considèrent pas comme prioritaire la construction d’équipements sportifs de proximité. Effet de la décentralisation, il n’y a pas de vision à l’échelle d’un département.

Ceci est un autre débat mais pour faire du sport, est-il nécessaire de disposer d’un équipement aux normes sportives d’une fédération ?

Pourquoi faut-il un maillage fin de l’emploi sportif ?

Lorsqu’un club organise une activité sportive, il le fait en premier lieu pour ses adhérents. Ces derniers sont en demande constante d’une amélioration de la qualité d’encadrement et d’une meilleure amplitude de créneaux horaires de pratique. Lorsque le projet sportif rencontre les attentes des pratiquants, le club prend de l’ampleur et le besoin d’emploi émerge.

Un emploi sportif créé des circonstances favorables. Il apporte des compétences qui favorisent la création d’activités complémentaires, parfois même pour de nouveaux publics. L’expérience montre également que la création d’un emploi est souvent le moteur d’un développement du bénévolat. Quand il n’est pas créé à la seule fin de palier une carence de l’encadrement bénévole, l’emploi sportif dynamise une structure et un territoire.

Faut-il rappeler que 80% des associations sportives ne sont pas employeurs. Elles sont parfois pourtant en demande d’un appui très partiel ou ponctuel. C’est par exemple le cas des sports de nature qui sont très dépendants de la saisonnalité. Les solutions proposées à ce jour à ces clubs primo-employeurs ne sont pas satisfaisantes.

Le principe des groupements d’employeurs n’a pas vraiment pris car d’une part le nombre de cadres sportifs disponibles était et reste insuffisant, et que d’autre part la demande d’intervention fait que tous les clubs ont besoin d’un salarié au même moment.

Le statut d’auto entrepreneur est trop peu rémunérateur et trop fragile pour qu’un éducateur sportif puisse en vivre.

Le statut libéral est trop lourdement taxé pour qu’un indépendant puisse en tirer des revenus ponctuels.

Le tout bénévolat a-t-il encore de l’avenir ?

Oui, sinon comment pourrait-on créer de nouveaux clubs ? Il est bien plus facile et moins risqué de créer une association en milieu rural qu’une structure marchande ayant pourtant des finalités très proches.

Oui, le bénévolat est l’avenir des fédérations car il est un gisement de licences dans des territoires délaissés. Le tout bénévolat est une réponse à ce besoin de pratique de proximité et pourtant une réponse qui ne semble pas ou plus prise en compte par l’état et les fédérations.

Le parcours du combattant

Rien n’est épargné à ces dirigeants pionniers. Dans le cas du sport, la réglementation impose de disposer de qualifications, au moins de type fédéral, pour encadrer une activité physique et sportive 100% bénévole. Pour les clubs en phase de croissance, la difficulté n’est pas de trouver des candidats à une formation fédérale, mais de trouver les moyens de les former. Je pense que les problématiques des clubs bénévoles et celles des clubs employeurs se rejoignent là.  D’une part la difficulté de trouver une formation décentralisée suffisamment proche et dans une moindre mesure le coût de ces formations.

Le deuxième obstacle est le manque d’équipements sportifs adaptés. Souvent même, le manque d’équipements sportifs tout court. La majorité des équipements sportifs actuels (en France) ont été créés dans les années 60 à 75 dans le cadre de lois-programmes d’équipements sportifs et socio-éducatifs. La volonté de l’état était affichée. Ils ne sont plus adaptés à la fréquentation et aux pratiques actuelles. Les besoins de clubs primo employeurs, ou candidats primo-employeurs, concernent des lieux d’apprentissage, d’entrainement et de pratique loisir.

Loin des équipements, les pratiquants (hors fédération) utilisent désormais les applications mobiles de coaching, les objets connectés, les tutoriels pour plus de liberté et de souplesse.

Enfin le sport bénévole aurait besoin d’un peu de simplification et de stabilité. L’évolution constante des réglementations, des obligations de gestion, et de la fonction employeur, captent une part de l’énergie des dirigeants qui n’est plus négligeable.

Comment aider les clubs à se professionnaliser ?

On ne peut répondre à cette question sans s’intéresser aux personnes qui font vivre ces clubs. Ces sont bien souvent les parents qui s’investissent pour ces clubs.

Les clubs auraient besoin de s’attacher leur service dans le temps. Il leur serait bien plus facile de payer une personne déjà membre de l’association pour une heure ou deux par semaine, que de résoudre le casse-tête de fournir du travail à un poste dont le seuil mini est de 20 heures hebdomadaire.

A mini activité, mini contrat. Quelle que soit l’échelle du budget du club, la difficulté d’absorber une charge salariale demeure. Une aide à l’employeur (de type emploi CNDS) à un effet starter qui est maintenant prouvé. Les aides à l’emploi sont nécessaires à la pérennisation économique d’un emploi sportif.

Ne peut-on pas expérimenter les aides à l’emploi sur des micro-contrats de moins de 5 heures par semaine ?

Pour les bénéficiaires de ce type de micro-contrats, une rémunération, même modeste, est une reconnaissance de leur investissement personnel et un complément de salaire bienvenu pour bon nombre de ménages.

Il permet de contourner le déficit de cadres techniques dont souffrent certaines disciplines. Les fédérations disposeraient ainsi d’un potentiel de cadres supplémentaires. Certes moins pointus qu’un brevet professionnel, mais tout aussi capables d’enseigner correctement une technique de jeu.

Enfin ces créations de poste ne créeraient pas de concurrence, car elles concernent des territoires qui ne sont pas suffisamment attractifs pour des enseignants professionnels à temps plein.

Autre façon d’aider les club : faire évoluer et simplifier les équipements sportifs de proximité. Ceci fera l’objet d’un prochain édito.

Thierry Nauleau

[1] Source : Stat-Infos 16-04 du ministère de la ville, de la jeunesse et des sports – juillet 2016. Voir aussi cet article >> Impact de la diminution des aides à l’emploi

[2] Source : Recensement des équipements sportifs, espaces et sites de pratiques du Ministère des Sports www.res.sports.gouv.fr

Pour un maillage territorial de l’emploi sportif
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