La crise du Coronavirus n’a fait que révéler au grand public les fragilités du modèle économique des clubs sportifs amateurs. Le monde du sport connait ces fragilités, mais ne semble pas pouvoir y apporter de remède.

Depuis les années 1970, ce modèle économique n’a changé de façon significative qu’à l’occasion de la professionnalisation du sport. La création d’emplois d’éducateurs sportifs salariés a créé des charges fixes, difficilement supportables par les associations.

Une courte histoire de la professionnalisation du sport

1984 : la loi (dite « loi Avice ») institue les règles qui régissent l’encadrement des activités physiques et sportives contre rémunération. Dans les années 90, le FNDS (qui deviendra le CNDS) encourage à la professionnalisation des APS par l’octroi d’aides à l’emploi.

Les emplois jeunes (1997) donnent de l’ampleur au mouvement. L’emploi sportif se développe, l’encadrement bénévole recule. Mais le modèle économique ne change guère.

Un modèle économique figé

La seule différence notable dans le modèle économique des clubs de l’époque est l’apport des aides à l’emploi. Mais ces aides ont toutes en commun d’avoir une fin programmée.

La répartition des recettes se fait encore majoritairement selon la règle des 3 tiers : 1/3 de cotisations et licences, 1/3 de subventions et 1/3 de recettes de l’activité (voir le détail dans « le modèle économique des clubs est obsolète »).

L’apport des aides à l’emploi vient compenser provisoirement une partie de l’augmentation des charges fixes que provoque la création d’un emploi. Une fraction seulement des clubs employeurs parviennent à pérenniser l’emploi et la structure par une évolution du modèle économique.

Faute d’avoir développé suffisamment de ressources propres, les autres clubs employeurs rebondissent de dispositif en dispositif, mais ils sont limités dans leur action. La raison la plus courante est qu’ils veulent produire davantage ce qu’ils savent (ou peuvent) faire. Plus de monde, plus d’animations, mais il n’y a pas de remise en question de l’organisation générale.

Le bénévolat a ses limites. Un club dispose d’une capacité maximale d‘actions internes, qui dépend du nombre, de la disponibilité et des compétences des bénévoles et des cadres techniques. Sauf à doubler le nombre de bénévoles, cette capacité n’est pas en mesure de combler le besoin de financement. On parle aujourd’hui de 25 000 à 30 000 euros par poste et par an

Une crise de trésorerie …

La presse se fait l’écho des difficultés des clubs amateurs. C’est à qui donnera les chiffres les plus dramatiques. Mais ces chiffres qu’on annonce ne reflètent qu’une perte de chiffre d’affaire. L’arrêt des compétitions entraine aussi l’arrêt des dépenses associées.

Sur les 10 dernières années, mes statistiques indiquent que les frais des activités sportives des clubs de régional à N2 varient de 38% à 78% avec une moyenne qui s’établie à 57%

La perte de recettes ne se traduira pas nécessairement par un déficit en fin de saison. Les clubs non employeurs (près de 80% du nombre total des associations sportives en France) s’en tireront mieux que les autres.

Un autre indicateur traduit l’inquiétude toute relative des clubs employeurs : selon le COSMOS, seuls 9,3% des associations sportives ont sollicité le Fonds de Solidarité depuis le début de la crise.

… qui pourrait devenir une crise structurelle

Les clubs résistent dans l’ensemble plutôt bien à la crise. Pour le moment… Car la reprise des sports de contacts et des sports collectifs, dans les conditions habituelles, dépendra largement de l’usage d’un vaccin, ou à défaut d’une disparition du virus. Aux dernières nouvelles, le Covid-19 n’a communiqué aucune date pour sa fin d’activité.

Les clubs peuvent tenir plusieurs semaines. Quelques mois avec les aides gouvernementales. Au-delà, c’est l’inconnu.

Les difficultés structurelles des clubs employeurs

Les clubs employeurs sont clairement les structures les plus fragiles dans la situation que nous vivons. La difficulté majeure des ces associations vient de la nature et de la répartition de leurs recettes.

Les ressources propres (hors subvention) représentent de 48% à 65% du total des recettes (pour un même échantillon de clubs), quand leur masse salariale représente de 49% à 85% du total des recettes. On comprend bien que l’emploi n’est pas financé par des ressources stables. Tout événement qui viendrait modifier ce fragile équilibre met la structure en péril.

Ce n’est très souvent que grâce à la passion des dirigeants, à l’énergie qu’ils déploient, que le club perdure. Parmi les solutions que je préconise à mes clients employeurs, il y a la constitution sur le long terme d’un fonds de pérennisation. Cette solution les préserve des difficultés du moment.

Guider la réflexion des associations

Des questions de fond doivent guider la réflexion des associations. L’expérience récente à révélé des facteurs de fragilité comme de résistance. Le modèle bénévole est particulièrement souple. Le développement du bénévolat est d’ailleurs une des vertus observées dans les structures qui se sont affranchies des aides à l’emploi.

Les sports de nature ont des capacités à créer de nouvelles prestations. La créativité des coachs et entraineurs à démontré la capacité de réaction des clubs pour garder le contact avec les adhérents.

Le sport amateur n’a pas encore saisi les opportunités qui s’offrent à lui. Ne les laissons pas uniquement au secteur marchand.

Thierry Nauleau

Réduire la fragilité économique des clubs sportifs

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