La crise du Coronavirus a mis en évidence le rôle d’intermédiaire des plateformes de recherche de bénévoles. Toutes vantent leur capacité à fournir des bénévoles aux organisateurs de manifestations sportives. Qu’en est-il réellement et surtout, comment utiliser ce nouvel outil à bon escient ?

À chaque plateforme son public

Les plateformes de recherche de bénévoles couvrent l’ensemble des domaines associatifs. Le Sport n’en est qu’une des composantes. Pour vivre, ces plateformes doivent générer du trafic et capter le plus grand nombre possible d’offres et de demandes. Elles sont majoritairement généralistes.

Dans la pratique, le volontaire la choisira par la connaissance qu’il a de la question. La notoriété de France Bénévolat contribue à ce que des clubs sportifs utilisent cette plateforme pour y déposer leurs offres. Mais du point de vue du volontaire qui consulte la plateforme, la profusion des offres fait qu’il a du mal à s’y retrouver, et donc à choisir.

Des plateformes dédiées au sport

Bénégo, la Maif, Volunteer4sport, et Benevolt sont référencées comme plateformes de recherche de bénévoles dans le milieu sportif. Le nombre de missions qui y est proposé indique qu’elles sont encore en développement. Comment attirent-elles les candidats bénévoles et comment les clubs peuvent-ils en tirer parti ? Nous avons interrogé Alexandre Gérard, diplômé de STAPS et co-fondateur de benego.fr

Le cas benego.fr

Quand avez-vous créé bénégo et pourquoi ?

Alexandre Gérard

Alexandre Gérard : « L’engagement des bénévoles a évolué. Il est plus morcelé et irrégulier. Les organisations sportives peinent à fidéliser ces bénévoles qui sont les principaux moteurs du sport.

Il est donc primordial de trouver des solutions pour soutenir les organisations sportives. Malgré leurs efforts, elles ne réussissent pas à maintenir un niveau d’engagement élevé et constant des bénévoles mais aussi à diffuser correctement leurs offres de bénévolat sportif.

Emmanuel et moi avons eu l’idée de fonder bénégo alors que nous venions d’être diplômés en STAPS, et suite à nos différentes expériences bénévoles et sportives, durant lesquelles nous avons constaté que les organisations sportives avaient du mal à trouver et à fidéliser des bénévoles.

Les organisations sportives ne sont pas toujours bien équipées et compétentes pour communiquer sur leurs offres de bénévolat sportif et les diffuser. La majorité d’entre elles ne dispose pas des bons outils pour gérer et contacter de manière simple et fluide les bénévoles.

Aussi, les comportements et les aspirations des nouvelles générations évoluent et leur manière de s’engager également.

Pour finir, il existe un manque de reconnaissance et de valorisation de l’engagement bénévole. 

Donc en 2018 nous avons lancé bénégo, une plateforme digitale qui soutiendrait les organisations sportives face à ces problématiques. »

Pourquoi une plateforme digitale ?

AG : À l’heure du tout digital, cette solution nous paraissait la plus adaptée, notamment pour aller à la rencontre des jeunes générations mais aussi des séniors qui sont de plus en plus connectés.

Comment attirez-vous les candidats bénévoles ?

AG :  Notre priorité est de trouver des moyens pour satisfaire au maximum les bénévoles. Par exemple, nous rendons ludique leur engagement en leur permettant de gagner des points mais aussi un certificat qui atteste de leur engagement bénévole.

De plus, nous recherchons des solutions innovantes pour accompagner nos membres au moyen de services complémentaires. Par exemple, les bénévoles qui passent par bénégo peuvent désormais trouver gratuitement un logement le temps d’une mission de bénévolat grâce à notre partenaire My weekend for you. 

Enfin, nous essayons de rendre notre plateforme simple d’utilisation. Notre but est que la prise d’information et sa compréhension soit la plus rapide et la plus clair possible.

Est-ce que les réseaux sociaux vous y aident ?

AG : Absolument, les réseaux sociaux nous aident à rendre visible les offres de bénévolat sportif auprès de bénévoles mais plus globalement à nous faire connaitre. 

Est-ce que les réseaux sociaux sont votre principal vecteur ?

AG : Non, mais il en font grandement partie. Notre grande force est également d’être très bien positionné sur les moteurs de recherches comme Google et de lier des partenariat stratégiques comme c’est le cas avec l’ANESTAPS.

N’êtes-vous pas confronté finalement aux mêmes difficultés que les clubs dans le monde réel ?

AG : Nous rencontrons à la fois des difficultés similaires à celles rencontrées par les clubs et des difficultés propres à notre mode de fonctionnement. Néanmoins, c’est dur de faire la comparaison avec les clubs car nous ne sommes pas dirigeants d’associations. 

Pour encore mieux comprendre les difficultés rencontrées par ces derniers, nous n’hésitons pas à passer du temps avec eux afin d’échanger autour de ces problématiques. 

Nous ne prétendons pas être la solution à tous les maux. Cependant, notre objectif est de leur apporter les meilleurs solutions pour faire face à ces difficultés. 

Aujourd’hui, 90% des associations qui passent par bénégo trouvent des bénévoles. Maintenant, nous cherchons à aller encore plus loin.

Quels sont les critères d’une bonne annonce de club pour trouver des candidats ?

AG : Les annonces doivent être les plus complètes possibles. Nous insistons auprès des organisations pour qu’elles ajoutent un maximum de précisions sur les modalités de mission (remboursement des frais, hébergement, remerciements, disponibilité) mais aussi qu’elles ajoutent un grand nombre de détails. 

Par exemple, si un organisateur d’événement sportif recherche des bénévoles pour un marathon, nous lui demandons de décrire l’évènement, de préciser ses dates, les raisons pour lesquelles les bénévoles sont nécessaires, etc.

Il peut également illustrer ses propos avec des photos et/ou des vidéos mais aussi avec des témoignages d’anciens bénévoles. 

Le petit plus est de faire tout cela avec une pointe d’humour.

bénégo

N’êtes-vous pas confronté à des cas de concurrence entre événements sportifs ?

AG : Aujourd’hui non, parce que en général les événements sur la même ville sont à des dates différentes et on a une variété de sports importante pour que les gens aient du choix dans leurs missions.

Y a-t-il des missions pour lesquelles vous contrôlez le profil des candidats ? 

AG : Bien que nous demandions aux bénévoles de compléter des informations de bases les concernants (Nom, date de naissance, ville d’habitation, sports favoris…), nous laissons le soin aux organisations de vérifier la fiabilité des profils des bénévoles.

Quels conseils pouvez-vous donner aux dirigeants qui souhaitent poster annonce sur bénégo ? 

S’y prendre le plus en amont possible de leur besoin en bénévole.

Apporter le plus de détails possibles à leur offre de bénévolat sportif (lieu, date, sport, mission, remerciements, contexte)

Ajouter des photos ou des vidéos des précédentes éditions de l’évènement et/ou des activités proposées par l’organisation sportive. 

Ajouter des témoignages de bénévoles qui ont auparavant effectuer les mêmes missions

Inviter leurs adhérents à partager l’offre de bénévolat sur leurs réseaux sociaux.

Du point de vue des clubs utilisateurs de ces plateformes

La demande se répartie en deux grands domaines : celui des clubs organisateurs d’événements sportifs, qui ont besoin de mobiliser plusieurs dizaines de bénévoles ponctuellement. Et les clubs qui sont en recherche de volontaires pour des actions qui durent une saison complète.

Le choix de la plateforme se fait souvent par connaissance d’une personne, ou par la notoriété de celle-ci.

Pour qu’une personne s’engage, il lui faut être en confiance vis-à-vis de la structure

Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes

Lorsque la promesse est belle, elle est difficile à honorer. En particulier pour ce qui est des missions à responsabilité ou au long cours. Et cela s’explique par le fait que pour qu’une personne s’engage, il lui faut être en confiance vis-à-vis de la structure, connaitre les dirigeants, savoir ce qu’on y fait, comment on le fait, dans quel état d’esprit et avec quels moyens ? La raison n’est pas liée à l’outil de plateforme mais à l’approche qu’a le club de la question du renouvellement des bénévoles.

Les appréciations sont meilleures pour ce qui est de trouver des bénévoles pour les événements sportifs. L’une des explications est que le rayonnement de l’événement contribue à attirer des volontaires. Les plateformes facilitent la mise en relation, notamment par une interface agréable et ludique. Que ce soit en club ou en ligne, la présentation de l’offre est souvent le point faible des clubs.

Exemple de page de recherche de bénévoles propre à une manifestation, hors plateformes dédiées.

La communication reste le point faible des clubs

Il suffit de lire les descriptifs de la plupart des clubs avec l’œil d’un volontaire potentiel pour se rendre compte que s’il ne connait pas déjà l’association de l’intérieur, il aura du mal à comprendre ce qu’on lui propose et ce qu’on attend de lui.

C’est d’ailleurs l’une des principales raisons d’échecs au premier contact entre le volontaire et l’association : le projet ou la tâche ne correspond pas à l’idée qu’il s’en faisait.

C’est là peut-être que les plateformes apportent la première valeur ajoutée au club : la présentation complète de l’offre, sa mise en valeur. Elles offrent une structure idéale. Mais encore faut-il renseigner le contenu de façon complète et attractive.

Mes conseils pour bien utiliser une plateforme de recherche de bénévoles

1 – Utilisez les plateformes pour compléter vos force vives. Elles ne vous seront pas d’une grande utilité si vous ne parvenez pas à fidéliser vos propres bénévoles. Cela révèle un problème interne. Cherchez d’abord à comprendre quelle est l’origine du problème. Faites-vous aider pour avoir un regard et une compréhension extérieure.

2 – Préparez votre offre le plus en amont possible.

3 – Décrivez l’offre de façon à ce que les volontaires comprennent ce que l’on attend d’eux, en matière de compétences, d’investissement et de temps. Ils doivent aussi comprendre ce que fait l’association, pour qui. N’utilisez pas la formulation de votre projet associatif, mais décrivez cela comme vous le feriez dans une conversation. Précisez si les frais de la personne seront remboursés ou non. S’il y a un cadeau ou un accessoire fourni (un T-shirt par exemple), indiquez-le. Décrivez les choses en pensant que seul votre texte peut convaincre la personne.

4 – Soyez précis : des formules telles que « administratif », « accompagnement sportif » ou « tâches officielles de l’organisation » ne parlent pas à une personne derrière son écran. Décrivez chaque tâche que vous proposez et combien de personnes attendez-vous par tâche.

5 – Illustrez votre offre : Que ce soit sur les sites Internet des clubs ou sur les plateformes, je trouve que l’on manque cruellement d’images. Elles facilitent la compréhension de l’offre. Elles la valorisent, comme elles valorisent l’association.

6 – Apprenez à utiliser ces plateformes sur des manifestations ponctuelles, y compris avec vos propres bénévoles.

Thierry Nauleau

Vade-Mecum des plateformes de recherche de bénévoles
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