La crise a mis en évidence les faiblesses, mais aussi les forces des clubs sportifs. Plus résistant aux événements, un nouveau modèle économique existe pour le sport amateur. L’adopter est vital pour une multitude de clubs.

Il existe plusieurs modèles économiques du sport amateur. Ils dépendent de la finalité de la structure, du sport lui-même, de son niveau de compétition et de son contexte local. Nous commençons aujourd’hui par le modèle économique des clubs employeurs. La catégorie de clubs qui a le plus souffert de la crise.

Pourquoi les modèles actuels sont pas bons

Les clubs les plus fragilisés par la crise sont ceux qui supportent des charges fixes élevées, et ceux qui n’ont pas ou peu de réserves.

Nous avons identifié 3 facteurs de fragilité économique des associations sportives.

1 – Inadéquation de la nature des recettes au besoin de financement

Lorsque l’on observe la structure du modèle économique de ces clubs (*), la masse salariale représente de 49% à 85% du total des recettes de l’association. Cette dépense, essentielle pour le club, n’est financée que pour moitié par des ressources propres. Le reste provient généralement d’actions extra sportives, de partenariats ou de subventions plus ou moins pérennes.

Ces ressources sont variables et peu prévisibles, ce qui leur confère un caractère de fragilité.

2 – Les associations ont été orientées vers des ressources qui ne relèvent pas de leurs compétences

Pour compenser l’arrêt des aides à l’emploi, les têtes de réseaux ont recommandé de diversifier les ressources, de développer le mécénat. Le problème est que cela s’est fait sur des actions qui ne relèvent pas de la compétence des bénévoles ou des éducateurs sportifs salariés.

La conséquence est que les bénévoles dépensent leur énergie pour des résultat médiocres.

Vendre des partenariats ou de mécénat nécessite des compétences commerciales dont peu d’associations sont dotées. Si l’on enlève de la statistique les clubs engagés dans les championnats de France amateurs, la part des partenariats et du mécénat représente moins de 6% du budget d’un club.

A force d’efforts et d’énergie, certains clubs ont trouvé des actions qui sont suffisamment lucratives pour justifier de leur maintien (loto, tombola, soirée, etc.). Mais la variabilité reste forte et la rentabilité est rarement optimisée.

Conséquence ou hasard, alors que la première compétence des clubs est d’apprendre à jouer, le marché des applications sportives de coaching et des cours en ligne n’a été appréhendé, sauf exception, que par le secteur marchand.

3 – Vouloir imiter le sport professionnel

Comment expliquer cet acharnement à vouloir développer les partenariats ?

Avant l’explosion des droits TV, l’écart entre le sport professionnel et le sport amateur n’était pas si flagrant qu’aujourd’hui. La loi sur le sport de 1992, dite « loi Bredin », instaure des règles de gestion strictes du sport professionnel. Elle marque le début de l’inflation des coûts du sport professionnel.

Autant que je m’en souvienne, les clubs amateurs étaient déjà engagés dans des démarches de sponsoring. La réussite de quelques clubs inspire les autres. La reproduction des habitudes et l’absence d’évaluation de l’action fait que l’on poursuit dans la démarche, quelle que soit l’énergie de cela exige des bénévoles.

La réussite d’une action de sponsoring repose sur la notion d’audience et de fréquentation. Le mécénat repose sur la qualité d’un réseau relationnel. Deux points faibles des associations sportives.

Les facteurs de résilience

Lorsque l’on analyse en profondeur les raisons pour lesquelles les clubs employeurs parviennent à s’affranchir des aides à l’emploi, deux points reviennent fréquemment :

La capacité à constituer des réserves

Sans réserve, une association est à la merci des premières perturbations venues. Les clubs employeurs sont dans l’obligation de constituer une avance de trésorerie, ne serait-ce que pour payer les charges sociales.

Étendu à l’ensemble du fonctionnement de l’association, cela lui permet de traverser les coups durs. En ce moment, les associations en difficulté dont on parle dans les médias sont celles qui n’auront pas d’autre choix que de réduire drastiquement leurs activités.

Sans réserve, une association est contrainte d’adapter son fonctionnement aux recettes qu’elle engrange. Pas plus. Ces variations sont difficiles à vivre par leurs dirigeants.  

Il n’y a pas de meilleure façon de reconstituer les réserves que de prévoir un résultat bénéficiaire.

Le développement du bénévolat

Surprenant de prime abord pour un club employeur, cette évolution est tout à fait logique.  La majorité des créations concerne des postes d’éducateurs sportifs.

Pour pérenniser l’emploi, l’association doit augmenter le nombre de pratiquants payants. Cela se fait par l’ouverture de créneaux horaires supplémentaires ou par une diversification des activités, par une diversification des publics. L’éducateur salarié supervise l’action des cadres bénévoles sur les créneaux qu’il ne peut pas lui-même assurer. Il démultiplie son action.

Le besoin et la nouvelle capacité de formation apporté par le salarié, facilite la formation des bénévoles.

Quel modèle économique pour le sport de demain ?

Un modèle recentré sur les compétences de l’association

Le cœur de compétences d’un club reste l’apprentissage du jeu, l’entrainement et le perfectionnement, il y a là tout un univers à créer.

La diversification des recettes doit s’exprimer dans la diversification des modalités de pratiques.

La demande des pratiquants a fortement évolué depuis une dizaine d’années, mais les clubs proposent imperturbablement une offre fédérale figée.

Le sport loisir est resté sur la touche, sauf pour le secteur marchand (exemple du foot à 5). Le pratiquant loisir a besoin de coaching toute sa vie.

  • Il veut choisir le moment où il fait du sport.
  • Il souhaite conserver un niveau technique élevé, et l’agrémenter de convivialité.
  • Il attend du club un encadrement pour conserver ou atteindre le niveau dont il rêve. Et bien au-delà de l’âge où l’on est considéré comme compétitif.

La silver-économie du sport est sous exploitée par les clubs.

Il faut faire sauter le carcan des créneaux horaires. Impossible ? Le confinement a montré toute la créativité et la réactivité des entraineurs en matière d’entretien de la forme, des techniques sportives et de l’animation de leur communauté (voir notre article dédié à la communication en temps de crise).

Depuis la crise du coronavirus, le sport encadré s’organise aussi en dehors du temps et du lieu de pratique.

Vers une disparition des aides publiques ?

Les villes restent les premiers subventionneurs du sport. Toutes les autres aides publiques ont déjà considérablement diminué. La crise a augmenté la dette. Les ressources de l’état et des collectivités reposent sur l’impôt. Si relèvement d’impôt il y a, le sport ne sera pas un bénéficiaire prioritaire.

L’effort de relance pour la sortie de crise, de la part des collectivités et de l’état, pourra-t-il être maintenu ? C’est peu probable. D’autant que la question du vieillissement des infrastructures est régulièrement repoussé.

Réduire au maximum les activités extra sportives

Dans l’idéal, l’énergie des bénévoles est mieux employée au développement des pratiques sportives qu’à la recherche de financement extra sportifs.

Cependant, la convivialité fait partie de l’ADN des clubs amateurs. Elle doit être entretenue lorsqu’elle atteint un niveau d’excellence, au point d’être un facteur de fidélisation.

Les clubs ont besoin d’évaluer leurs actions pour se concentrer sur un nombre réduit d’actions lucratives.

Imaginer une offre numérique

Un seul exemple : la chaine YouTube de William Lainé, coach rameur pro, est passée de 2000 à plus de 8000 abonnés entre le 15 mars et le 20 mai 2020. Son offre a simplement comblé un vide. Avec bien moins d’abonnés payants, il est possible de développer une offre numérique de prestations sportives. Encadrement, animation, tout reste à créer dans beaucoup de sports.

Un défi : la baisse des inscriptions

Il est probable qu’un certain nombre de personnes choisiront de ne pas revenir au club immédiatement. Que ce soit pour des raisons économiques, par peur d’une contamination, ou par choix d’une autre pratique.

Ce défi est temporaire. Il peut se gérer comme un besoin de trésorerie. Le gouvernement a mis en place des outils comme le prêt PGE, qui sont tout à fait adaptés (voir notre page faut-il demander un prêt PGE ?).

Il doit aussi obliger les clubs à se recentrer sur les attentes des pratiquants, pour mieux les fidéliser.

infographie modèle économique
Comment transformer le modèle économique d’un club sportif amateur, par Nauleau Sport.

Un modèle économique qui existe déjà

Tous les sports qui sont en dehors des formats de compétition qui attirent du public et des partenaires sont plus ou moins dans ce cas de figure. C’est le cas de la natation et des sports de nature, parmi lesquels on observe fréquemment des taux de ressources propres supérieurs à 85%.

Cet autre modèle économique est donc possible. Il est le plus résistant aux aléas car l’association est en capacité de maitriser son offre de pratique.

La fidélisation comme modèle de fonctionnement

Rien ne se fera sans les adhérents ! Comprendre pourquoi un adhérent choisi de renouveler son inscription révèle les points forts du club.

La stagnation des effectifs est un signal qui doit vous alerter. Cela signifie qu’à un moment de la vie du pratiquant, le club n’est plus en mesure de le satisfaire.

Le modèle des clubs de demain doit se construire avec les adhérents. En particulier avec les ados et les jeunes adultes qui seront dans 10 ans, les dirigeants de votre club.

Thierry Nauleau

(* : à partir d’un échantillon de 245 clubs, accompagnés de 2009 à 2019)

4 avis sur « Un nouveau modèle économique pour le sport amateur »

  • 28 mai 2020 à 11 h 11 min
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    Excellent article synthèse. Les clubs doivent effectivement capitaliser sur leur savoir-faire naturel, et se décharger habilement des tâches fastidieuses : les solutions ne manquent pas.

  • 6 juin 2020 à 17 h 34 min
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    A mon avis, la première action est de former correctement les équipes “gouvernantes” pour une bonne maîtrise des financemenst internes et externes. Malheureusement ce sont souvent des sportifs eux-mêmes qui jouent le rôle de formateur au sein des fédérations dont la compétence reste limitée mais permet des tarifs de formation peu élevés. Donc première chose sortir la formation du périmètre fédérale pour aborder autre chose que le sport lui-même déjà maîrisé.
    Ensuite, revaloriser l’enseignement amateur, un prof de sport est sous-payé par rapport à un prof de musique, pourquoi? Le public doit accepter de payer des cotisations plus élevées si les diplômes et la qualité sont présentes.
    Les communes doivent avoir aussi des vraies politiques sportives et la possibilité de faire des choix en distribuant les subventions aux clubs qui s’inscrivent dans cette politique et qui correspondent à une demande locale. Hors cela relève davantage aujourd’hui de distribution de complaisance.
    Bref, tout cela est à remettre à plat, le sport amateur est perçu comme un service local et pas une valeur ajoutée pour les pratiquants.

  • 11 juin 2020 à 10 h 03 min
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    Très bon article, c’est super complet et tu fais une bonne analyse de la problématique. Bravo 😊

  • 11 juin 2020 à 13 h 03 min
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    Merci pour ce panorama exhaustif de l’envers du décor du monde amateur et des rouages économiques qui sont tout de même les fondements de leur pérennité… La crise actuelle va rebattre les cartes je pense et désormais il sera vital de diversifier les sources de revenus.

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