Le besoin de cadres sportifs
La plupart des fédérations, les ligues et comités ont fait des efforts pour inciter les clubs à étoffer leur équipe pédagogique. Mais quelle est la réalité du terrain ? Les clubs qui ne disposent pas d’un éducateur sportif sont largement majoritaires (6 associations sportives sur 7 selon l’INSEE). L’encadrement et l’enseignement du sport dans les associations repose encore très largement sur le bénévolat.
Avant mêmes les jeux de Paris 2024, certains clubs étaient arrivés à saturation du fait d’un manque de créneaux horaires alloués. Mais l’encadrement sportif aussi est parfois une limite au développement des clubs. Il n’est pas rare de rencontrer des bénévoles qui ont plus de 20 ou 30 ans d’exercice. Depuis le début des années 2000, le sport associatif peine à recruter des éducateurs sportifs bénévoles.
Les causes sont multiples mais on peut clairement identifier la diversification des possibilités de loisirs et la facilité d’accès aux divertissements avec les smart phone comme moment de bascule. La complexification des règles et le poids des responsabilités sont de nature à décourager les candidats.
Désormais solliciter, insister et accompagner les candidats dans leur parcours de formation. Dans les sports collectifs, ces éducateurs sont très souvent des parents de joueurs.
Des formations longues et parfois couteuses
Au fur et à mesure que les règles de l’encadrement des pratiques sportives se précisaient, les fédérations ont structuré des parcours de diplômes fédéraux. Ces diplômes d’initiateurs et d’accompagnateurs sont essentiels pour une association sportive. Car c’est dès les premiers pas du licencié qu’il faut réussir l’accueil.
Les ligues régionales ont assuré la formation à ces diplômes. Mais leurs moyens ne le permettent pas, ou rarement, de proposer des formations délocalisées. Se rendre à un centre de ligue pour suivre une formation exige souvent de prendre des jours de congé, et d’avancer les frais, voire de les prendre en charge. Dans encore beaucoup de disciplines, les clubs ou les comités ne prennent pas en charge ces frais de formation. Alors que c’est un des principaux freins à l’engagement dans un contexte économique, dont on ne cesse de nous dire qu’il est en crise depuis 2008…
La solution réside dans la formation délocalisée. Insistez auprès de votre ligue pour organiser ce type de formation.
Le quasi bénévolat
C’est mon analyste de gestion, aujourd’hui retraité, qui a utilisé cette expression pour désigner les contreparties demandées par les bénévoles pour exercer leur activité. Si l’on remonte le temps, cela a commencé par le football. Puis les autres sports collectifs ont suivi. Maintenant rares sont les sports ou les clubs qui ne proposent pas au moins le dispositif de réduction d’impôt en contrepartie de l’abandon des droits de remboursement des frais engagés.
Si l’état accorde la possibilité aux clubs de rembourser les frais de déplacement aux bénévoles, dont les éducateurs sportifs, ces frais doivent être justifiés et vérifiables. Pour certains, lorsqu’on habite dans le village du club, cela ne suffit pas.
Pour le président de club, difficile de se passer d’éducateurs sportifs. Et l’on fait passer pour des défraiements, des versements mensuels, qui sont encore parfois identiques d’un mois sur l’autre.
L’impossibilité de financer un emploi
Le seuil pour financer un emploi est variable selon les sports. De l’ordre de 200 licenciés pour les sports collectifs, il peut descendre à 140 pour certains sports mécaniques ou individuels. Quel que soit le sport considéré, il n’est pas rare de rencontrer des clubs qui veulent créer un emploi dès qu’ils atteignent les 100 licenciés. Ils évoquent leurs difficultés à renouveler les cadres bénévoles.
L’une des causes de cet état de fait est que l’on voudrait transformer des personnes qui sont simples licenciés à un statut de cadre bénévole. Il y a des étapes à respecter avant qu’une personne accepte de prendre une telle responsabilité et un engagement au long et régulier.
La contrainte économique est de loin celle qui conduit le plus souvent à vouloir contourner les dépenses associées à un emploi permanent.
C’est la même raison qui conduit des clubs engagés dans les championnats de France amateur à vouloir proposer des conventions de joueurs, plutôt qu’un contrat de travail. Dans ce cas, les ressources viennent du sponsoring et des aides des collectivités pour accéder au sport de haut niveau. Mais ce sont des ressources qui sont fragiles par nature et fortement dépendantes de l’aléa sportif.
Pour en savoir plus sur ce sujet, lisez l’article précédent Le danger des défraiements, conventions de joueurs et autres contrats précaires.
Les risques encourus par l’association
Le risque auquel on ne pense jamais est celui de l’insatisfaction des licenciés. Les diplômes et les certificats de qualification à finalité professionnelle sanctionnent un parcours d’apprentissage et une somme de connaissances qu’un initiateur ou un animateur ne saurait apprendre par lui-même. La progression du joueur est au cœur du processus de fidélisation. Une personne qui ne progresse plus finit par abandonner le sport si l’ambiance ne la retient pas. Cela est vrai aussi pour les pratiquants dit « loisirs ». Leurs attentes ont fortement progressé depuis 25 ans.
L’autre risque important est celui de la requalification des sommes versées en complément de salaire. L’URSSAF peut, en cas de contrôle, vouloir récupérer les charges sociales dues sur ces compléments de salaire. Mais vous me direz, comment peut-on être contrôlé si l’on n’a pas de salarié ? Lorsqu’il est question d’argent, les jalousies ne sont jamais loin. Et c’est bien souvent une dénonciation qui peut conduire l’URSSAF à la porte de l’association.
En cascade peuvent intervenir des risques juridiques et des sanctions lourdes pour la personne qui exerce sans diplôme officiel. La sanction peut aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 15000 euros d’amende. Cette sanction est aussi applicable à la structure employeuse (source sports.gouv.fr).
Le dispositif de base forfaitaire s’applique aux salariés
L’URSSAF propose deux dispositifs spécifiques à la branche du sport amateur. Le dispositif de franchise de cotisation s’applique pour les manifestation sportive donnant lieu à compétition. En aucun cas pour les entrainements ou l’apprentissage.
L’autre dispositif, celui de la base forfaitaire de cotisations s’applique aux salariés. Il est bien question de rémunération. Dès lors c’est la loi sur le sport qui s’applique aux personnes qui enseignent contre rémunération.
Comment trouver plus de bénévoles ?
La solution est effectivement de trouver davantage de bénévoles. Comment ? Ne cherchez pas à intégrer les gens dans un cadre trop stricte. Au contraire, changez d’approche et adoptez une attitude et une organisation qui donne envie de rejoindre le groupe.
Je pourrais aussi dire : laissez de la place aux futurs cadres sportifs. Car il m’arrive encore d’entendre “On n’a pas besoin de nouveaux entraineurs.” Une association ne vit que parce quelle se renouvelle. Si vous fermez la porte aujourd’hui, le message sera bien compris “ils” n’ont pas besoin de nous. Et alors il sera beaucoup plus compliqué d’attirer de nouvelles personnes pour encadrer les jeunes.
Vous pouvez aussi structurer votre démarche comme je l’explique dans la vidéo ci-dessous.
Thierry Nauleau
Vous désespérez de trouver bénévoles qui acceptent de s’engager dans la durée ? Vous pensez avoir tout tenté en matière de bénévolat ? A l’heure où il est si facile d’utiliser les outils numériques, nous avons perdu le sens du relationnel. La formation Amener les bénévoles à prendre des responsabilités vous permet de comprendre comment changer d’approche.
Tous les clubs qui n’ont pas de problème de bénévolat ont en commun au moins une chose : le contact humain. je vous apprendrais également à leur donner envie de rejoindre le groupe.
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